Après la disparition physique de Julia, le savant, au bord du désespoir, explore sans relâche les cahiers de sa fille, le sanctuaire de ses réflexions et de sa littérature. Il a trouvé là des poèmes, de la prose et des croquis dramatiques, une production littéraire qui a révélé le monde caché du Julia. Discrète et profonde, elle a laissé les traces de son esprit dans des leçons, des exercices ou des compositions. Le père s’est assumé une mission chère et délicate: mettre en lumière les "Oeuvres posthumes" de Julia. Ils ont été publiés en trois volumes, avec l'appui des deux maisons d'édition: Hachette de Paris et Socec de Bucarest. Les deux premiers volumes, «Bourgeons d'avril» et «Chevalerie» (1889) rassemblent son oeuvre poétique. La prose et le théâtre se retrouvent dans le troisième volume, «Théâtre. Légendes et contes».
B.P. Hasdeu a annoncé le quatrième volume… Mais il n'a jamais été publié! Certains documents démontrent sa volonté de rééditer en France l’oeuvre littéraire de Julia. Ce projet a également été laissé sans aucun écho.
Le chercheur a remarqué que Julia avait représenté «la quatrième génération continue d’hommes des lettres» de la famille Hasdeu. Ils sont tous d'origine roumaine et ils étaient tous polyglottes; Tadeu, le grand-père du savant, a écrit en polonais, son père, Alexandru, en russe, Bogdan en roumain et sa fille en français.
Julia a choisi la langue de Hugo, mais la raison de son choix reste un mystère. Néanmoins, son père a tenté une explication: «… dû au fait que la France représente la civilisation contemporaine, dans point de vue le plus complexe du terme, ses citoyens sont partout: il n'y a aucun étranger pour ce pays. Même les ennemis, quoi qu’ils fassent ou quoi qu’ils disent, respire involontairement l'esprit français, afin de pouvoir vivre, car ils respirent de l’oxygène». Julia n'était pas un cas particulier. Nous pouvons citer d'autres femmes roumaines qui ont été des écrivains et qui se sont exprimés en français: Mme Anne de Noailles (né Brâncoveanu), Martha Bibescu, Elena Vacarescu. Certaines personnes continuent d’ignorer son travail, affirmant que: on n’écrit pas aujourd’hui de cette manière-ci.
Outre le fait que nous ne pouvons être certains de cela, la question doit être posée d'un point de vue autre que la mode. Existe-t-il encore des vers à la Lamartine, des pièces de théâtre à la Musset, des romans écrits à la manière de Balzac ou de Proust? Néanmoins, leur sensibilité coexiste toujours avec les goûts de nos jours et leur place dans la littérature ne peut pas être ignorée. Bien sûr, Julia ne pouvait pas se comparer à ces géants. Elle est morte très jeune, l'âme et le corps vierge, bien avant que la maturité laisse épanouir son talent. Fascinée par les modèles romantiques, elle n'a pas eu le temps de connaître le symbolisme ou le Parnassiens, et, bien sûr, elle n'a pas eu l’occasion de se familiariser avec les surréalistes, dadaïstes ou d'autres innovateurs du 20e siècle. Certaines des principales caractéristiques de la beauté poétique ont été conservées dans son oeuvre: le sens de la rime et du rythme, une combinaison harmonieuse des mots et de la flamme de son inspiration, qui ne souhaitaient que de s’épanouir. La jeune débutante a immédiatement trouvé un public averti et aussi des importants admirateurs.
Si elle avait vécu, elle aurait certainement égalé Anne de Noailles. Ce qu’elle a été et à travers ce qu'elle a fait, elle offre un beau témoignage de l'union entre le prolifique génie roumain et la civilisation française. |