- Julia Hasdeu pendant sa période d'études à Paris
- Julia Hasdeu, à l'âge de cinq ans
- Trois caractères: Elisabeta Daucş, la mère de B.P. Hasdeu, en 1836; B.P.Hasdeu en 1874; Iulia Hasdeu, l'épouse, après une peinture par Diogène Maillart
- Iulia Faliciu-Hasdeu, profil de sa jeunesse
- B.P.Hasdeu, phototype
- B.P.Hasdeu six jours avant sa mort (19 août 1907). Photographié par Aspazia Ieşanu de Bucovine
- B.P.Hasdeu Ă  son bureau
- B.P.Hasdeu dans le cercueil
- Conte écrit par Alexandru Hasdeu (le père su savant), avec un introduction par Iosif Vulcan
- Le sceau du monarque Stefan Petriceicu
- Iulia Faliciu-Hasdeu, profil de sa jeunesse
- Mme Iulia Hasdeu et l'Ă©pouse du docteur C.I. Istrati
- L'épouse de B.P.Hasdeu, sur la terasse du Château Julia Hasdeu
- B. P. Hasdeu et sa femme sur la terrasse du château Julia Hasdeu (après 1900)
- Iulia Hasdeu, la femme du savant sur la terasse du château Julia Hasdeu

 

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  Julia Hasdeu, la fille

          Le 19ème siècle a Ă©tĂ© l'ère de la tuberculose, une maladie qui tue souvent des jeunes. Conscients de leur fin tragique, les artistes et les Ă©crivains malades ont continuĂ© Ă  crĂ©er, avec plus de volontĂ© et de frĂ©nĂ©sie, alors qu’ils approchaient la mort.

          Le 29 septembre 1888, Ă  Bucarest, Julia Hasdeu devient victime de cette maladie, malgrĂ© l'effort dĂ©sespĂ©rĂ© de ses parents pour la sauver. Pour son père, illustre professeur Ă  l'UniversitĂ© de Bucarest, directeur des archives de l'État, historien, linguiste, philologue et Ă©crivain qui avait abordĂ© tous les genres littĂ©raires, la mort de son unique enfant marque le moment oĂą il commence Ă  construire le Culte de sa mĂ©moire.

          En 1889, Ă  Paris, la maison d'Ă©dition Hachette (Paris) a Ă©ditĂ©, en collaboration avec «Socec» (Bucarest) les oeuvres posthumes de Julia B.P. Hasdeu, en trois volumes: " Bourgeons d’avril ,", "Chevalerie ,", " Théâtre. LĂ©gendes et contes ". Au dĂ©but du premier livre, il y avait une prĂ©face signĂ©e par le linguiste italien Angelo de Gubernatis, un vieil ami de B.P. Hasdeu. C'Ă©tait un fragment d'une confĂ©rence publique qu'a eu lieu le 18 fĂ©vrier 1889, au Cercle littĂ©raire de Florence. Le second volume est prĂ©cĂ©dĂ©e d'une lettre d'Emile Boutroux et d'une note de Louis LĂ©ger, intitulĂ©e: "Un poète français en Roumanie ".

          Julia est nĂ© le 14 novembre 1869. Alors qu'elle n'avait que 2 ans et demi, elle pouvait lire et avait une Ă©tonnante mĂ©moire, rĂ©vĂ©lĂ©e par la rĂ©citation des longs poèmes. Ă€ l'âge de huit ans, elle pouvait parler couramment le français, l'allemand et l'anglais. Lorsqu'elle avait 11 ans, elle a obtenu son diplĂ´me dans le gymnase "St. Sava ", Ă©tant la meilleure Ă©lève de sa classe, et aussi a brillamment fini la formation musicale au Conservatoire. En septembre 1881, elle est arrivĂ©e Ă  Paris, accompagnĂ©e par sa mère, afin de poursuivre ses Ă©tudes. Elle Ă©tudiait Ă  l'École SĂ©vignĂ©. Ă€ l'âge de seize ans, elle a obtenu le baccalaurĂ©at en lettres (rhĂ©torique et philosophie), et a Ă©tĂ© admise Ă  la FacultĂ© de Lettres et Philosophie de Sorbonne. SĂ©parĂ©e de ses prĂ©occupations scolaires, la jeune fille, douĂ©e d'une excellente voix de mezzo-soprano, a pris des cours de canto avec le tĂ©nor Lawers. Dans l'atelier parisien du peintre Maillart, elle a pratiquĂ© la peinture, pĂ©riode pendant laquelle elle Ă©tudiait aussi le latin et le grec. Toutefois, sa plus grande passion demeurait la langue et la littĂ©rature française. Lentement, elle a Ă©tĂ© attirĂ©e par la beautĂ© et la puissance de la langue française. Elle a choisi cette langue, parmi toutes les autres, pour exprimer l'Ă©tat poĂ©tique de son âme sensible. Le dĂ©cès a met fin Ă  tous les rĂŞves de la jeune Ă©tudiante qui travaillait sur la thèse de doctorat avec le sujet "La philosophie populaire des Roumains: logique, psychologie, morale et thĂ©odicĂ©e ". Elle ne peut s’accomplir qu’un seul rĂŞve, celui de devenir Ă©crivain, grâce Ă  la patience de ses malheureux parents, qui ont rĂ©uni tous ses carnets des poèmes. Des pages littĂ©raires et philosophiques en mĂŞme temps! Son père a Ă©crit dans la prĂ©face de son troisième volume: "Si je publie ce que Julia Hasdeu n'a pas encore publiĂ©, ou ce qu'elle n'aurait pas publiĂ© du tout, c'est parce que ces volumes, un monument crĂ©Ă© par l'amour de ses parents, pour la mĂ©moire des morts pour certains, une anthologie littĂ©raire pour les autres, sont, en fait, beaucoup plus que cela: ils doivent ĂŞtre pour tous, en premier lieu, une importante contribution Ă  la philosophie de l'esprit humain. Baratier, Chatterton et Julia Hasdeu ont disparu avant l'âge de 19, crĂ©ant trois chapitres d'un mĂŞme livre, un livre qui dĂ©montre non seulement que l'âme n'a pas d'âge, mais, au contraire, qu'une âme très mature, "Ă©mĂ©rite et ancien chevalier , "souvent vient de vivre pendant un certain temps dans un très jeune homme. Et je ne parle pas comme un père, je crois que je le sais ".

          Selon le tĂ©moignage de son père, la publication des oeuvres posthumes de Julia a eu un effet balsamique pour ses parents: "Notre seule consolation - consolation terrestre - est que notre fille, morte Ă  un âge très jeune, nous a laissĂ© un Patrimoine littĂ©raire qui, grâce Ă  sa richesse et sa diversitĂ©, aurait suffisamment marquĂ© toute une vie. Comme Ă©crivain, elle a vĂ©cu au moins un moitiĂ© du siècle. Il y a du matĂ©riel pour deux volumes de poèmes, un volume de théâtre et de lĂ©gendes, deux volumes de contes, impressions, rĂ©flexions et Ă©tudes, deux volumes de romans courts, puis des lettres et des mĂ©morandums, remplis de verve et d'intĂ©rĂŞt . "

          Celui qui a dĂ©couvert le gĂ©nie littĂ©raire Julia Ă©tait son enseignant de l'École SĂ©vignĂ©, Maurice Albert, le fils du cĂ©lèbre Paul Albert, qui l’a enseignĂ© gratuitement le grec.

          La poĂ©tesse a Ă©crit ses oeuvres très naturellement, suivant sa muse d’inspiration: "Camille Armand Ă©crivait sans effort; le stylo glissait sur le papier. Son inspiration Ă©tait vivant et brĂ»lant. Elle Ă©crivait seulement quand elle avait de l’inspiration, avec l'âme pleine de son sujet, Ă  l'abri de dieux, comme elle disait souvent; la plume semblait imprimer dans sa main, avec des traits de feu, sur le papier… , "La fillette rĂŞvait de devenir connue par le public sous le nom de Camille Armand.

          En aoĂ»t 1887, B.P. Hasdeu a dĂ©couvert les poèmes de sa fille. Sur sa demande, Julia a acceptĂ© de lire quelques uns d’entre eux. Mais elle a refusĂ© d’en publier, en disant que: "Je doit rĂ©viser plusieurs fois tout ce que j'ai Ă©crit. Et je suis trop jeune. ". Luttant contre la forte opposition de son enfant, le savant a dĂ©cidĂ©: il a apportĂ© quatre poèmes au journal "L'Etoile de la Roumanie ," ( "Les contes bleus,", " Les larmes d'un enfant , "" DĂ©dain , ", " Les souhaits d’un fille laide "). L'un des Ă©diteurs littĂ©raires, August R. Clavel, a Ă©crit une belle Ă©tude en trois articles, intitulĂ©e: "Mlle Julia Hasdeu, la poĂ©tesse ".

          Julia Hasdeu aimait trois personnes: NapolĂ©on le Ier, Ferdinand de Lesseps et Victor Hugo. Elle a beaucoup souffert quand Victor Hugo est mort en exprimant ses sentiments dans une lettre Ă©crite Ă  Paris, et adressĂ© Ă  son père, le 22 mai 1885: "Victor Hugo est dĂ©cĂ©dĂ© aujourd'hui, Ă  1:30 PM, Ă  l'âge de 83 ans, trois mois et quatre jours".

          Telle est la terrible nouvelle! L'actualitĂ© qui envahit le Paris entier, toute la France, toute l'Europe et le monde entier: Victor Hugo est mort!

          Je suis affligĂ©e, consternĂ©e, en lisant sur la première page du quotidien, encadrant comme pour les funĂ©railles, en noir, avec des lettres Ă©pais et sinistres ces mots-ci: "Victor Hugo est mort… une grande lumière s’éteint… "J'ai ressenti un couteau dans ma poitrine. MĂŞme maintenant, quand je vous Ă©cris, cher père, la plume tremble dans ma main, je me sens opprimĂ©e et je fais des efforts pour ne pas pleurer. Oh! On n'est pas autorisĂ© Ă  pleurer Ă  une telle douleur!

          Ah! Quelle gloire! Je n'aurais jamais pu voir quelque chose au-delĂ  de cet homme. Sa vie m'a Ă©mu, autant que son travail. Et ses Ĺ“uvres m'Ă©meuvent et m’élèvent. Pourquoi Ă©tait-il un homme si grand? Parce qu'il Ă©tait aussi un grand homme. L'autre jour, j'ai commencĂ© Ă  pleurer comme une folle, quand j’ai compris la gravitĂ© de sa maladie, et ma mère, elle aussi triste, a essayĂ© de me consoler, en disant qu'il mourut vieux et plein de gloire. Ce n'est pas important, j'ai rĂ©pondu, il faut verser une larme pour celui qui vous a fait pleurer pour des autres. Et ma mère a du me laisser pleurer.

          Comme je voulais le voir au moins une fois! J'aurais gardĂ© son image sacrĂ©e dans mon coeur pour toujours. Mais, parce que ce bonheur suprĂŞme m’a Ă©tĂ© refusĂ©, je veux au moins que sa mĂ©moire ne me laisse jamais. Je voudrais tellement lui envoyer une couronne de fleurs…

          Victor Hugo est mort! Je ne peux pas reprendre l'usage de mes sens. Je n'arrive pas Ă  comprendre cette mort, non, je ne peux pas purement et simplement.

          Bonne soirĂ©e, père, je ne suis pas en mesure d'Ă©crire autre chose maintenant…
"

          Mère et fille, elles sont allĂ©es Ă  l'ancienne Rue Eylau, Ă  la maison de Victor Hugo. LĂ , Julia a pris sa plume pour Ă©crire dans le cahier ouvert. Elle a Ă©crit: "Mlle Hasdeu de la colonie roumaine, pour le plus grand des poètes, pour le plus grand des citoyens ". Plus tard, elle a partagĂ© ses Ă©motions avec son père: "Je ne peux pas dĂ©crire le sentiment que j’ai ressenti quand j’était si près de ce mur derrière lequel je savais que se trouvait Victor Hugo: mon coeur battait, ma main tremblait, j’était rouge, rouge, rouge… ".

          Etrange fait, alors qu'elle Ă©tait en bonne santĂ© et souriante, en 1886, Julia a Ă©crit sur un morceau de papier sa certitude: «Qui va vous rĂ©vĂ©ler dans leurs yeux? La mort. 1886 ». Est-ce qu’elle pensait en avance Ă  la fin prĂ©coce de son existence terrestre? Est-ce qu'elle a senti l'appel de l'invisible?

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